Partageant une expertise commune dans le domaine des études sur les nanotechnologies et leurs applications en électronique et en photonique, Thales, NTU et le CNRS ont formé depuis 2009 un laboratoire commun franco-singapourien basé à Singapour, « CINTRA ». Entretien au cœur de cette recherche de pointe avec son Directeur, le Professeur Philippe COQUET par lepetitjournal.com.

CINTRA ET SES AXES DE RECHERCHE

Pr. Philippe COQUET – CINTRA (CNRS International NTU Thales Research Alliance) est une Unité Mixte Internationale[1] du CNRS dont les partenaires sont l’Institut INSIS du CNRS, NTU (Nanyang Technology University) et le groupe Thales. L’objectif de CINTRA est de construire un laboratoire de classe mondiale entre la France et Singapour, dans les domaines de la nanoélectronique et de la nanophotonique.

Cette coopération remonte au début des années 2000 avec une série de workshops à la fois en France et à Singapour dans le domaine de la photonique, élargi ensuite au domaine des nanotechnologies, dont les résultats ont abouti à la création de Thales@NTU dans un premier temps en 2005, puis de CINTRA en 2009. A ce jour, le laboratoire compte 60 personnes associées, des chercheurs et professeurs ainsi que des doctorants. Depuis 2009, ce sont près de 80 chercheurs et étudiants français qui travaillent ou ont travaillé à CINTRA, ce qui montre son attractivité.

LPJ – Quels sont les axes de recherche de CINTRA?

PC – Nos activités de recherche concernent les nanotechnologies et leurs applications en nanoélectronique et nanophotonique. Elles sont déclinées dans notre laboratoire suivants 3 axes principaux : les Nanotechnologies à base de carbones et matériaux bidimensionnels, les Nanotechnologies à base de nanofils semiconducteurs, et les Matériaux photoniques et nanostructures.

Les domaines d’application de ces recherches touchent le nanopackaging, l’intégration 3D, la gestion thermique aux petites échelles, les capteurs, la récupération d’énergie et les télécommunications par voie optique.

[…]

l’évolution du laboratoire et la Recherche à Singapour

PC – L’évolution de CINTRA reflète celle de nos projets et de nos relations avec l’industrie. L’histoire du laboratoire a commencé avec des échanges entre chercheurs lors de conférences et workshops, et une première alliance entre NTU et Thales (Thales@NTU en 2005). L’arrivée du CNRS et la création de CINTRA en 2009 ont permis d’apporter un réseau académique et de mettre en collaboration les chercheurs singapouriens et français.

[…] Dans les prochaines années, nous allons faire évoluer nos recherches actuelles sur les nanomatériaux et les dispositifs vers des études portant sur des démonstrateurs intégrés de plus grande complexité. L’objectif est de tester des prototypes avec Thales, pour disposer d’ici 4 à 5 ans d’objets concrets d’application. Le chalenge sera de trouver un équilibre entre la recherche fondamentale et le développement des démonstrateurs. Pour cela, nous nous appuierons toujours sur la valeur ajoutée de chaque partenaire en développant de nouvelles synergies.

LPJ – Quel regard portez-vous sur la Recherche à Singapour?

PC – Mon regard sur la recherche à Singapour est à l’image de ma vision de la société singapourienne, c’est-à-dire un environnement très dynamique et multiculturel.

[…] Singapour dispose d’un contexte très favorable du financement de la recherche, au travers d’appels à projets régulièrement émis par les agences de financement et par plusieurs ministères, comme la National Research Foundation (NRF), l’Economic Development Board  (EDB), le Ministère de l’Education (MOE), le Ministère de la Défense (MINDEF) ou encore l’Agency for Science Technology and Research  (A*STAR). Ces appels suivent les grands programmes mis en place par le gouvernement et permettent de doter le pays d’un fort potentiel en terme de recherche et d’innovation.

 

LA coopération scientifique avec le PHC Merlion

LPJ – Quelle est votre vision du programme MERLION ?

PC – Le PHC MERLION[1] permet d’initier de nouvelles collaborations et de rapprocher des équipes pour travailler sur de nouveaux projets. Il est très intéressant et bénéfique ; c’est un véritable catalyseur de la coopération scientifique franco-singapourienne. Ce programme permet d’initier des collaborations, de les faire vivre et perdurer en leur donnant un cadre.

Depuis la création de CINTRA en 2009, nous avons été impliqués dans sept programmes MERLION, et la plupart des projets se poursuivent encore. Certains d’entre eux sont maintenant financés par l’Agence Nationale de la Recherche en France ou par le Ministère de l’Education à Singapour, d’où une vraie valeur ajoutée pour notre laboratoire.

Le partenariat MERLION reste important pour CINTRA.Tous les laboratoires ont en effet besoin de créer de nouvelles collaborations, de travailler sur de nouveaux projets, et c’est également le cas pour un laboratoire déjà bien établi comme le notre. Nous bénéficions certes d’un réseau de collaboration bien constitué, avec des partenaires de grande qualité, mais nous devons rester dynamiques et à la pointe de la recherche. Les collaborations que nous avons mises en place doivent se poursuivre, et les projets se renouveler, c’est pourquoi cet outil reste essentiel pour nous.

Nous avons fait une demande cette année pour un MERLION PhD dans le domaine des capteurs innovants à base de fibre optiques nanostructurées, et nous comptons bien sûr pouvoir continuer avec ce programme dans les années à venir.

 

Propos recueillis par Cécile Brosolo (www.lepetitjournal.com/singapour), Jeudi 24 novembre 2016.

Le Partenariat Hubert Curien (PHC) MERLION est le programme de coopération scientifique franco-singapourien, piloté par le service scientifique de l’Ambassade de France à Singapour.

 

[1] Le PHC MERLION est le programme de coopération scientifique franco-singapourien. Piloté par le service scientifique de l’Ambassade, il initie et favorise les échanges entre laboratoires de recherche des deux pays en finançant la mobilité des chercheurs. Depuis sa création en 2006, près de 180 projets ont été soutenus.

Voir les articles précédents parus dans lepetitjournal.com/singapour:

Coopération scientifique – Le programme MERLION fête ses 10 ans

Coopération scientifique – Entretien avec Christian Miniatura, directeur de recherches au CNRS

Coopération scientifique – Le Programme Merlion, Catalyseur de la chimie verte

Coopération scientifique – Bio-informatique et recherche sur le cancer : entretien avec le Dr. Touati Benoukraf

Coopération scientifique: Les nouvelles technologies au service de la personne

Sciences humaines – Le régionalisme de l’enseignement supérieur